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Henri IV - le règne interrompu

Ecouter les morceaux de musique

Puisqu'il faut désormais

Pierre Guédron

Source musicale : Doulce Mémoire ; dir. Denis Raisin-Dadre ; enregistrement public (hors commerce), réalisé lors du concert donné au Château de Versailles (Salon d’Hercule, 11 octobre 2003) dans le cadre des Journées « Louis XIII musicien et les musiciens de Louis XIII », organisées par le Centre de Musique Baroque de Versailles ; enregistrement : Thierry Géroux, Atelier d’Euterpe (Le Chesnay)

Légende

(texte de Jacques Davy du Perron)

Parue pour la première fois en 1597, de manière anonyme, dans le Recueil de diverses poésies… (Rouen, R. du Petit Val, 1597 ; Stances ; 16 strophes), cette pièce figure dans Les Diverses Œuvres... du cardinal-poète Jacques Davy du Perron, publiées à Paris par A. Estienne en 1622 (Stances ; les 3 premières strophes seulement). Ce n’est que par une source manuscrite tardive qu’il est possible de l’associer aux amours passionnées d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, puisqu’elle figure sous la mention « Adieu du Roy à la belle Gabrielle » dans un des recueils manuscrits collationnés sous le règne de Louis XIII par Valentin Conrart, aujourd’hui conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal à Paris (tome XXI, Ms. 4126, p. 268).
C’est vers 1608 que Pierre Guédron, alors Compositeur de la Chambre du roi et maître de l’air de cour, mit ces stances en musique.

Compositeur

Pierre Guédron

v. 1565-1620

Le benjamin des trois grands compositeurs de la cour d’Henri IV est né à Châteaudun vers 1565 ou 1567. Contrairement à ses aînés Claude Le Jeune et Eustache Du Caurroy, Pierre Guédron ne s’illustra que dans le domaine de la musique profane, dont il devint rapidement un des principaux maîtres.

C’est en 1583 que son nom apparaît dans les archives pour la première fois : il est cité parmi les cinq chantres de la Chapelle de Louis II de Guise, cardinal de Lorraine, venus se produire au puy de musique d’Évreux en 1583, où il chanta « la haute-contre fort bien », bien qu’il fût « en mutation de sa voix », c’est-à-dire âgé d’environ 15 à 18 ans. La date de son arrivée à la Cour est inconnue. Peut-être rejoignit-il les chantres de la Musique du roi après la mort du cardinal de Lorraine, en 1588. Les comptes de la Cour ne mentionnent son nom qu’en 1599, comme Maître des enfants de la Musique de la Chambre. Il devint Compositeur de la Musique de la Chambre au plus tard en mars 1601, en remplacement de Claude Le Jeune, mort l’année précédente. Il allait obtenir la consécration sous le règne de Louis XIII, en obtenant en 1613 les charges de Surintendant de la Musique de la Chambre du roi et de Maître de la Musique de la reine mère Marie de Médicis, cédant sa charge de Maître des enfants à son gendre Antoine Boesset (1587-1643). Guédron se fit rapidement un nom en développant de manière décisive l’air de cour, genre musical profane à la mode dont il devint rapidement le maître incontesté. Après quelques pièces insérées discrètement dans des anthologies anonymes (1595, 1596 et 1597), Ballard publia en 1602 le premier recueil exclusivement consacré aux airs du musicien, marquant ainsi le début de sa notoriété. Guédron fournit également la musique les airs et récits vocaux des principaux ballets dansés à la cour de France entre 1598 et 1620, du Ballet des Étrangers au Ballet d’Alcine. Considéré comme le meilleur artisan de l’avènement de la monodie accompagnée en France, il mourut dans le courant de l’année 1620, vers le 9 juillet.

185 de ses airs de cour et de ballet nous sont parvenus, dans des versions à 4 ou 5 parties ou pour voix et luth, parues dans des recueils anthologiques ou monographiques à partir de 1595. La plus grande partie figure dans six recueils polyphoniques signés de l’auteur et publiés par Ballard, « imprimeur du roy pour la musique », entre 1602 et 1620.

Texte

Puis qu’il faut desormais que j’esteigne ma flamme,
Seul & cruel remede avec l’eau de mes pleurs :
Et que pour m’arracher les épines de l’ame,
Je n’oste aussi du cœur les roses & les fleurs.

Sortez de mon esprit pensers pleins de delices,
Cher & doux entretien dont l’estat est changé,
Qu’un injuste mespris convertit en supplices
Je vous ouvre la porte & vous donne congé.

Avec vos mots flateurs & vos feintes idoles
De constance & de foy, deitez sans pouvoir,
Dont le son déguisoit si souvent ses paroles,
Quel Amant n’eust esté facile à decevoir ?

Me jurer que son cœur, dont les flammes sont mortes,
Allumé d’un beau feu soupiroit nuit & jour
Et de branches de myrthe, esteint en mile sortes,
Brusloit avec le mien dessus l’autel d’Amour.

M’appeller son triomphe & sa gloire mortelle,
Indignes de sortir d’un courage fidelle
Et tant d’autres doux noms choisis pour m’obliger,
Où si soudain apres l’oubli s’est veu loger.

Puis lors que j’en devois tirer l’experience
Supposer un voyage & m’aller recelant
Ce bel Astre amoureux, dont la double influence
Me conduit au sepulchre & m’en va r’appellant.

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