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Henri IV - le règne interrompu

Ecouter les morceaux de musique

Donc cette merveille des cieux

Pierre Guédron

Source musicale : ‘Soupirs Meslés d’Amour – Pierre Guédron : airs de cour’ ; Claudine Ansermet, soprano ; Paolo Cherici, luth ; Symphonia SY 96153 (1997).

Légende

Dès qu’il la vit répéter le Ballet de la reine, en janvier 1609, Henri IV fut pris d’une passion dévorante pour la jeune Charlotte-Marguerite de Montmorency. Il commanda à François de Malherbe cinq poèmes (Revenez mes plaisirs Madame est revenue, Donc cette merveille des cieux, Quelque ennui donc qu’en cette absence, Que d’épines Amour accompagnent tes roses, Que n’êtes-vous lassée), dont la composition s’échelonna vraisemblablement entre juillet 1609 et janvier-février 1610 ; ils traduisent les états successifs que cette passion pour la jeune femme (Orante) causa à l’âme troublée du roi (Alcandre). Celui-ci dut rapidement subir la jalousie du prince de Condé, qui épousa Charlotte de Montmorency le 7 juillet 1609, puis emmena la princesse à Muret, près de Soissons, afin de la tenir éloigner de la passion du roi.
Au moins quatre de ces poèmes furent mis en musique, parmi lesquels ces Stances dont s’empara, vers 1610, Pierre Guédron, alors Maître et Compositeur de la Musique de la Chambre du roi.

Compositeur

Pierre Guédron

v. 1565-1620

Le benjamin des trois grands compositeurs de la cour d’Henri IV est né à Châteaudun vers 1565 ou 1567. Contrairement à ses aînés Claude Le Jeune et Eustache Du Caurroy, Pierre Guédron ne s’illustra que dans le domaine de la musique profane, dont il devint rapidement un des principaux maîtres.

C’est en 1583 que son nom apparaît dans les archives pour la première fois : il est cité parmi les cinq chantres de la Chapelle de Louis II de Guise, cardinal de Lorraine, venus se produire au puy de musique d’Évreux en 1583, où il chanta « la haute-contre fort bien », bien qu’il fût « en mutation de sa voix », c’est-à-dire âgé d’environ 15 à 18 ans. La date de son arrivée à la Cour est inconnue. Peut-être rejoignit-il les chantres de la Musique du roi après la mort du cardinal de Lorraine, en 1588. Les comptes de la Cour ne mentionnent son nom qu’en 1599, comme Maître des enfants de la Musique de la Chambre. Il devint Compositeur de la Musique de la Chambre au plus tard en mars 1601, en remplacement de Claude Le Jeune, mort l’année précédente. Il allait obtenir la consécration sous le règne de Louis XIII, en obtenant en 1613 les charges de Surintendant de la Musique de la Chambre du roi et de Maître de la Musique de la reine mère Marie de Médicis, cédant sa charge de Maître des enfants à son gendre Antoine Boesset (1587-1643). Guédron se fit rapidement un nom en développant de manière décisive l’air de cour, genre musical profane à la mode dont il devint rapidement le maître incontesté. Après quelques pièces insérées discrètement dans des anthologies anonymes (1595, 1596 et 1597), Ballard publia en 1602 le premier recueil exclusivement consacré aux airs du musicien, marquant ainsi le début de sa notoriété. Guédron fournit également la musique les airs et récits vocaux des principaux ballets dansés à la cour de France entre 1598 et 1620, du Ballet des Étrangers au Ballet d’Alcine. Considéré comme le meilleur artisan de l’avènement de la monodie accompagnée en France, il mourut dans le courant de l’année 1620, vers le 9 juillet.

185 de ses airs de cour et de ballet nous sont parvenus, dans des versions à 4 ou 5 parties ou pour voix et luth, parues dans des recueils anthologiques ou monographiques à partir de 1595. La plus grande partie figure dans six recueils polyphoniques signés de l’auteur et publiés par Ballard, « imprimeur du roy pour la musique », entre 1602 et 1620.

Texte

Donc cette merveille des cieux,
Pour ce qu’elle est chere à mes yeux,
En sera toujours éloignée :
Et mon impatient amour
Par tant de larmes tesmoignées,
N’obtiendra jamais son retour.

Mes vœux donc ne servent de rien,
Les Dieux ennemis de mon bien
Ne veulent plus que je la voye :
Et semble que les rechercher
De me promettre ceste joye
Les incite à me l’empescher.

O beauté ! royne des beautés,
Bel astre de qui les clartés
President sur ma destinée :
Pourquoy n’est comme la toison
Vostre conqueste abandonnée
Aux efforts de quelque Jason ?

Quels feux, quels dragons, quels toreaux,
Quel horreur de monstres nouveaux,
Et quelle puissance de charmes
Garderoyent que jusqu’aux Enfers
Je n’alasse avecques les armes
Rompre vos chaisnes & vos fers.

Ainsi d’une mourante voix
Alcandre au silence des bois
Tesmoignoit les vives ataintes :
Et son visage sans couleur,
Faisoit cognoistre que ses plaintes
Estoyent moindres que sa douleur.

Orante, qui pour les Zephirs
Reçeut les funestes soupirs
D’une passion si fidelle :
De cœur outré de mesme ennuy,
Jura que s’il mouroit pour elle,
Elle mouroit avecque luy.

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