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Henri IV - le règne interrompu

Ecouter les morceaux de musique

O Seigneur, j’épars jour et nuit

Claude Le Jeune

Source musicale : ‘Le Psaume français à l’Époque de l’Édit de Nantes’ ; ensemble vocal Sagittarius ; dir. Michel Laplénie ; Lira d’Arco LA 010-3 (2005), avec l'aimable autorisation de Codaex.

Légende

(texte : Agrippa d’Aubigné)

Les traductions du Psautier de Genève et leurs mélodies ne constituaient pas les seules versions dont les compositeurs du temps pouvaient s’inspirer. On donne ici l’exemple du psaume 88, mis en musique par Claude Le Jeune sur une traduction en vers mesurés « à l’antique » rimés que le poète protestant Agrippa d’Aubigné, « accablé d’un deuil desmesuré pour l’amour de sa femme », Suzanne de Lezay, réalisa entre 1595 et 1597.

Compositeur

Claude Le Jeune

v. 1530-1600

Originaire de Valenciennes, « Claudin » Le Jeune se fixa à Paris avant 1564, où il bénéficia rapidement de la protection de seigneurs protestants, François de La Noue et Charles de Téligny (gendre de l’amiral de Coligny) d’abord, puis, à partir des années 1570, Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne et futur duc de Bouillon.

Il participa activement au projet humaniste de l’Académie de Musique et de Poésie, fondée en 1570, et fut l’un des principaux artisans d’une musique mesurée « à l’antique », censée calquer sur la langue française la scansion des Anciens pour faire revivre les « effets » que, selon la fable, leur musique provoquaient. Rescapé du massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572), il devint « maistre de la Musique » de François de Valois – frère de Charles IX, du futur Henri III et de Marguerite de Valois –, au service duquel il resta jusqu’à la mort du prince (1584). Sans doute est-ce à l’occasion d’un séjour du duc et de sa suite à la cour de Nérac, de septembre 1580 à mai 1581, que Le Jeune approcha pour la première fois le roi de Navarre, futur Henri IV.

À l’automne 1581, il prit part aux magnificences organisées pour les noces du duc de Joyeuse avec Marguerite de Lorraine-Vaudémont, en composant des pièces vocales pour le Balet comique de la Royne. En 1590, il fuit Paris pour échapper aux persécutions de la Ligue. Il se réfugia à La Rochelle où il côtoya les grands poètes huguenots du temps : Jacques de Constans, Odet de La Noue et Agrippa d’Aubigné, dont il mit plusieurs textes en musique, ou encore Nicolas Rapin qui, bien que catholique, avait délaissé le parti de la Ligue pour celui de Navarre.

Dès sa reprise en main du royaume, Henri IV fit de Le Jeune l’un de ses musiciens favoris et créa pour lui, entre 1594 et 1596, la charge de « Maître Compositeur ordinaire de la Musique de la Chambre du roi ». Le musicien ne profita que peu de la faveur royale, puisqu’il mourut en septembre 1600.

Abondante et variée (plus de 600 pièces), son œuvre fut publiée entre 1552 et 1612, pour une bonne part de manière posthume sous l’impulsion de sa sœur Cécile. Elle compte de nombreuses chansons, des airs, pour beaucoup mesurés « à l’antique », une douzaine de motets latins, imprimés pour l’essentiel à la fin des deux livres de Mélanges, de nombreux recueils de psaumes protestants en contrepoint simple, fleuri ou en musique mesurée « à l’antique », une messe authentifiée (Missa Ad Placitum) et une seconde plus douteuse (dite « du manuscrit de Savoie »), trois fantaisies instrumentales.

Texte

O Seigneur j’espars jour et nuit devant toy
Mes soupirs ailés relevés de leur foy :
Monte mon tourment de ce creus et bas lieu
Jusques a mon Dieu.

Au milieu des vifs, demi mort je transis :
Au milieu des morts, demi vif je languis :
Non ce n’est pas mort que balancer ainsi,
Ni la vie aussi.

Dans le ventre obscur du malheur resserré,
Ainsi qu’au tombeau je me sens aterré,
Sans amis, sans jour qui me luis’ et sans voir
L’aube de l’espoir.

Quand je veus parler je ne rens que sanglots,
Si je joins les mains je ne joins que des os :
Rien que les peaus n’ont et la toile mes yeus
Pour lever aus cieus.

Veus tu donc ô Dieu tirer entre les mors
Ta louenge encor’ du milieu de leur cors,
Et que ton grand nom venerable tant beau
Sonne du tombeau.

N’est-ce plus au ciel que seance tu faits ?
N’as-tu plus d’autelz que sepulcres infectz ?
Donc ne faut il plus a ta gloir’ étoffer
Temple que l’Enfer.

Suis-je donc forclos de ton oeil ? le berceau
Dur me fut : plus doux ne sera le tombeau :
Or coulés mes jours orageus, et mes nuits
Un fleuve d’ennuis.

Pour jamais as’-tu ravi d’entre mes bras
Ma moitié fidelle et mon espoir helas !
Las ce dur penser de regréts va trenchant
Mon cœur et mon chant.

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