Passer le menu

Henri IV - le règne interrompu

L'humanisme« à la française »

Dans sa quête de l’Antique, dont il redécouvrait la culture et la philosophie, l’homme de la Renaissance s’est passionné pour la question du pouvoir de la musique et de ses « effets » sur la nature et les « passions », symbolisés par de nombreuses fables transmises par les anciens Grecs et Latins. Ainsi s’émerveillait-on de l’histoire d’Orphée, capable par les sons de sa lyre d’émouvoir les bêtes sauvages ; du pouvoir de l’aulos de Timothée, qui rendait Alexandre d’humeur belliqueuse ou pacifique ; de la fable d’Amphion, qui, avec sa lyre, bâtit la ville de Thèbes ; ou de celle d’Arion, qu’un dauphin, charmé par sa voix, sauva de la noyade... Partout en Europe, et principalement en Italie et en France, l’alliance de la musique et de la poésie devint une des principales préoccupations des cercles humanistes.

En France, la création de l’Académie de Poésie et de Musique fut certainement l’expérience la plus singulière. Fondée en 1570 par le poète Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) et le musicien Joachim Thibault de Courville (ca 1535-1581), cette première « académie » française s’attacha à développer, durant une période riche mais brève (1570-1574), un ambitieux projet expérimental dont le dessein était de faire revivre l’esprit et la lettre de la musique des Anciens.

C’est à la fin des années 1560 que les deux hommes envisagèrent de fonder une société dont l’objectif devait être de susciter, entre musiciens et poètes, une émulation capable de revitaliser la poésie française, en unissant plus étroitement le texte et la musique en les soumettant à des lois métriques issues de la poésie antique. Pour cela, ils proposaient d’appliquer à la poésie française une versification quantitative calquée sur la scansion gréco-latine en la combinant à la musique, tout en tentant de retrouver les « modes » mélodiques et rythmiques décrits par les Anciens et capables de provoquer les « effets » contés dans la fable mythologique. On convia les musiciens les plus influents du royaume – tels que Claude Le Jeune ou Jacques Mauduit – ou de passage à Paris, comme Roland de Lassus (1532-1594) à travailler à ce projet de musique mesurée « à l’antique ».

Le 15 novembre 1570, Charles IX accorda le privilège de l’Académie de Poésie et de Musique par lettres patentes, dans lesquelles lui-même se déclarait « Protecteur et premier Auditeur » de la compagnie. Après des réticences du Parlement et de l’Université, le roi coupa court à toute controverse en ordonnant l’ouverture de l’Académie, invitant ses familiers et favoris à en devenir des mécènes assidus. Les séances avaient lieu chaque jour, dans la maison de Baïf située rue des Fossés-Saint-Victor ; les travaux étaient ensuite présentés chaque dimanche lors d’un « concert » ouvert au public.

À la mort de Charles IX (1574) et malgré un appel de Baïf au nouveau souverain, l’Académie déclina, privée de son principal soutien. En 1576, Henri III forma une nouvelle société, l’Académie du Palais, à laquelle participèrent plusieurs membres de l’ancienne Académie, continuant ainsi une part de l’œuvre initiée par Baïf. En 1581, tous furent pressés d’unir leurs efforts et leurs travaux à l’occasion des noces fastueuses du duc Anne de Joyeuse, favori du roi, avec la sœur de la reine Louise, Marguerite de Lorraine-Vaudémont : cette synergie conduisit notamment à la création du Balet comique de la Royne ; représenté en octobre 1581, ce spectacle est considéré comme l’archétype du ballet de cour, qui devait rester jusqu’au règne de Louis XIV le divertissement emblématique de la cour de France. En soulignant l’alliance de la poésie et de la musique, les théories de l’Académie influencèrent également le genre qui, durant le règne d’Henri IV, devait dominer la musique profane : l’air de cour.

Médias associés à cette fiche

Titre du média : Mimes, enseignements et proverbes

Portrait de Jean-Antoine Baïf
© BnF
Légende :
Jean-Antoine de Baïf, Mimes, enseignements et proverbes. Toulouse, Jean Jagourt, 1608. Bibliothèque nationale de France
Bienvenue sur le site Henri 4
/1/ Vous souhaitez voir ce site en version flash, ce site nécessite donc que votre poste soit équipé du flash player et que soit activé le javascript sur votre navigateur.

/2/ Si vous n'avez pas flash installé sur votre ordinateur, vous pouvez consulter la version accessible du site.

/3/ Vous pouvez consulter la version mobile du site.
Version accessible